Mutinerie dans les ruches
Les abeilles transhument vers le néant. Les abeilles désertent par dizaines de milliards. Les ruches se vident en moins d'une semaine. C'est une nouvelle catastrophe pour le monde apicole (et sans doute pour le monde entier) car celle-ci s'annonce d'amplitude planétaire. Elle se nomme “syndrome d'effondrement des colonies”.
Aux USA, les experts apicoles sont en plein désarroi. Ils évoquent même un “mystère”. En effet, les abeilles disparaissent “proprement” sans laisser de cadavres. Les ruches pleines de miel et de pollen ne sont pas pillées par d’autres abeilles ou d’autres insectes. C’est une malédiction qui plane sur les ruchers.
Les expert apicoles ne désespèrent pas, cependant, de trouver le remède miracle, de sauver, encore une fois, leur “industrie”, puisque c’est ainsi qu’ils la qualifient. Ils ont mis sur la trace des abeilles portées disparues les meilleurs détectives-virologues. L'enjeu est de taille: pas d'abeilles, pas de pollinisation, pas de récoltes, pas de dollars. Le bipède, qui s'est autoproclamé maître de la sphère planétaire, en est tout courroucé. Les abeilles font la grève de la pollinisation, les mutines refusent la butine.
Les abeilles n'éprouveraient-elles donc aucune reconnaissance pour cette “industrie apicole” qui les a choyées depuis des dizaines d'années en leur prodiguant:
- le logis: avec de belles ruches toute carrées.
- les meilleurs remèdes: les antibiotiques les plus puissants (comme la terramycine ) et les acaricides les plus performants ( Apistan et le tout nouveau Hivastan).
- de la nourriture à satiété: du bon sucre blanc de betterave, du sirop de maïs confectionné à partir des meilleurs crûs transgéniques et bien sûr, des compléments nutritionnels (élaborés, par exemple aux USA, à partir d’huile de coton transgénique, de farine de soja transgénique, d’huile de soja transgénique, d’huile de colza transgénique...).
- des voyages tous frais payés sur des milliers de kilomètres à la découverte des déserts agricoles occidentaux.
- un butin assuré grâce à des monocultures géantes à la porte de la ruche.
- du pollen et du nectar enrichi d'un cocktail de molécules apéritives: fongicides, insecticides, herbicides.
- de la procréation assistée avec une sélection des meilleures reines inséminées artificiellement.
Une catastrophe bientôt planétaire
Au mois de décembre 2006, l’Université de Pensylvannie mena une enquête auprès de divers apiculteurs de la région est des USA . Ces apiculteurs (possédant entre 200 et 3000 ruches) avaient enregistré des pertes de 30 à 90 % de leur rucher. Chez un apiculteur, seules 9 colonies avaient survécu sur 1200.
Sur l’ensemble des USA, depuis la fin de l’automne 2006, les pertes enregistrées sont de l’ordre de 60 % sur la côte ouest et jusqu’à 90 % dans certains états de l’est et du sud du pays. Selon les dernières estimations, ce sont près de 1,5 million de colonies qui seraient mortes aux États-Unis et 27 États sont touchés. Rappelons que le nombre de ruches était de 6 millions en 1947 et de seulement 2,4 millions en 2005.
En France, la perte des colonies est estimée entre 300 000 et 400 000 chaque année, et ce depuis 1995. L’hiver 2005/2006 fut particulièrement dramatique qui vit la disparition de 15 à 95 % des colonies, en fonction des apiculteurs. En Martinique, en avril 2007, un apiculteur a perdu 200 colonies en l’espace de quelques jours.
Au Québec, l’hiver passé, en moyenne, 40 % des ruches sont portées vides. Certains apiculteurs, cependant, ont perdu jusqu’à 75 % et même 100 % de leurs colonies.
Dans l’Ontario, au Canada, l’hiver passé, ce sont jusqu’à 60 % des ruches qui sont portées désertées chez certains apiculteurs et près de 40 % du rucher national.
Les chiffres avancés sont de 400 000 ruches vides pour la Pologne, 600 000 ruches vides pour l’Espagne.
En Allemagne, selon Manfred Hederer, le président de l’Association Allemande des Apiculteurs, 25 % des colonies auraient été décimées mais certains apiculteurs rapportent jusqu’à 80 % de pertes dans leur rucher.
A Taiwan, en avril 2007, les premières informations ont été publiées d’une disparition mystérieuse des abeilles: un apiculteur a rapporté la perte de 80 de ses 200 ruches.
En Suisse, certaines régions déplorent la perte de 80 % des colonies. Les pertes nationales seraient de l’ordre de 30 % mais certains apiculteurs ont perdu la totalité de leurs colonies. Il y avait 45 000 apiculteurs en Suisse en 1900. Il en reste actuellement 19 000 mais ce chiffre est à la baisse. Durant l’entre-deux-guerres, il y avait 350 000 ruches. Il en reste aujourd’hui 190 000.
Le syndrome d’effondrement des ruches sévit également au Portugal, en Grèce, en Autriche, en Angleterre.
Le syndrome d’effondrement des ruches est-il un ultimatum? Est-ce un appel désespéré des abeilles afin de réveiller l’humanité?
La suite sur le site de Liberterre :
http://www.liberterre.fr/gaiasophia/agriculture/pollinisateurs/requiem01.html